Le Verrazane

Je viens de passer deux jours sur un Tanker. En Espagne, à Tarragone exactement. Le commandant venait de terminer sa mission et attendait la relève avant de rentrer chez lui après plus de deux mois et demi de grand large. Cette dernière acquisition de Geogas, acteur incontournable du négoce de gaz de pétrole liquéfié (GPL) mesure 174 mètres de long pour 28 mètres de large. Il transporte en moyenne 35 000 m³ de gaz de pétrole liquéfié (Butane et Propane) ce qui correspond en fonction de la densité, à environ 20 000 tonnes de gaz. Aujourd’hui il livrait Repsol, le principal distributeur espagnol de produits issus de la production pétrolière et gazière.

Ils sont 24 marins à bord, de tous pays. Ils passent en moyenne six mois par an sur le Verrazane. Il y a des jeunes, des moins jeunes. On se rend vite compte du poids des responsabilités auxquelles ils ont affaire mais cela n'a pas l'air de les effrayer pour autant. Chacun a un rôle précis et s’attelle à la tâche qui lui est confiée. On prend le temps de me faire visiter chaque coin du navire et de m'expliquer en prenant le soin de trouver les mots simples et de résumer chaque élément pourtant si complexe et technique.

Dans les couloirs menant aux cabines ou à la salle de contrôle, le calme règne. Parfois on peut croiser une silhouette furtive. Finalement, ce qu'on entend le plus c'est le bruit lancinant de l'air conditionné qui nous accompagne jour & nuit, 24h sur 24h. Il demande un temps d’adaptation.
Lors des repas, l'animation reprend un peu, c'est dans un esprit bon enfant que l'on se retrouve à table. Celui qui nous rappelle les cantines de notre enfance, avec les bonnes ou mauvaises surprises qui nous attendent au menu du midi. Une ambiance plutôt conviviale et chaleureuse qui fait oublier la solitude.

Mais lorsqu'on descend un peu plus bas vers les salles des machines, la chaleur monte et le bruit se fait de plus en plus fort. Certaines pièces atteignent les 45 degrés.
À proximité des salles des machines se trouve un atelier avec tous les outils nécessaires pour réparer ou fabriquer des pièces.

Le pont est, lui, aménagé pour recevoir les tubes enfermant les gaz. Extrêmement inflammables, ils nécessitent un contrôle constant. Chaque circuit a une fonction bien précise, avec des paramètres  de pression très particuliers, nécessaires au maintien à l'état liquide des gaz.

Tout est conçu pour le transport en mer, prenant en compte également les passages de grandes tempêtes. Tout comme la dernière au large des Canaries. Après avoir traversé cinq jours de « mauvais temps » avec des creux de cinq mètres me raconte un des officiers.

Le lendemain, le nouvel équipage est prêt pour partir vers la Norvège cette fois. En partageant ces moments de leur vie avec moi, j’ai pu voir que les conditions parfois rudes, les lourdes responsabilités n’enlevaient en rien cette ferveur de continuer, de repartir encore et encore.

Outre le repos bien mérité qu’ils peuvent s’offrir en échange de chaque mission, un désir plus profond semble se cacher pour certains. Comme si chaque voyage devenait une parenthèse dans leur vie personnelle, une échappée, le temps de traverser l’océan. Un retour à eux-mêmes essentiel pour leur équilibre. Comme si en dehors de leur principale tâche à accomplir ils gagnaient une offrande propre à chacun au milieu des mers et dans chaque pays exploré. Tout comme ce cher Verrazane.

I have just spent two days on a Tanker in Spain, in Tarragona exactly. The commander had just finished his mission and was waited for the changing team before returning home after more than two and halfmonths travelling. This last acquisition of Geogas, major industry of liquefied petrol gas (LPG) is 570 ft long by 92 ft wide. It transports on average 35,000 m ³ of liquified petroleum gas (Butane and Propane gas) what corresponds according to the density, with approximately 20,000 tons of gas. Today it delivered Repsol, the principal spanish distributor of products resulting from oil production and gas.

They are 24 sailors on board, of all countries. They spend around six months a year on the Verrazane. There are young people or less. We quickly realize the weight of the responsibilities to which they deal but they don’t seem to be frightened by all that. Each one plays a precise role and tackles the task which is entrusted to him. 

 A young officer takes the time to make me visit each corner of the ship and to explain me taking care to find the simple words and to summarize each element however it so complex and technical.

In the corridors leading to the cabins or the control room, the calm reigns. Sometimes you can cross a furtive silhouette. Finally, the noise the most throbbing is the air-conditioned which accompanies us day & night, 24 hours a day. It needs a time of adaptation. 

 At the time of the meal, animation start again, it is in a friendly spirit that they meet up around the table. It reminds us the canteens of our childhood, with the good or bad surprise that the lunch brings. A convivial moment which makes forget loneliness.

But when you go down a little low towards the engine rooms, heat rise up and the noise is more and more loud. Some parts reach the 32°F. It is so strong that the sound-proof headphones become necessary. Near the engine rooms you can find a workshop with all the necessary tools to repair or manufacture some engine’s pieces.

The bridge is arranged to receive the tubes locking up gases. Extremely flammable, it requires a constant control. Each circuit has a specific function, with some very particular parameters of pressure, necessary to the maintenance of gases in the liquid state. All is conceived for transport by the sea, taking into account also the passages of great storms. Just like the last one around the Canaries. After having crossed five days of “bad weather” with five meters of deep wave, tale me one of the officers. At this moment this ship made me the effect of a potential bomb.

Near the engine rooms you can find a workshop with all the necessary tools to repair or manufacture some engine’s pieces.

The next day, the new crew is ready to leave towards Norway. By sharing these moments of their life with me, I could see that sometimes, the hard conditions, the heavy responsibilities don’t remove this enthusiasm to continue, to come back again and again. As well as the fully deserved rest that they can be offered in return for each mission, a deeper desire seems to be hidden inside some of them. As if each travel became a bracket in their personal life, an escape, when they cross the ocean.  An essential comeback to themselves for their own personal balance. Like if apart from their principal task to be achieved they won a personal gift in each ocean crossed and explored country. 

 

Le Verrazaneroot

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